L’Etat s’engage pour les tiers-lieux : le programme “Nouveaux Lieux, Nouveaux Liens” de l’ANCT [Série Tiers-Lieux #1]

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Afin de faire face à des enjeux économiques, sociaux et environnementaux de plus en plus pressants, les acteurs de territoire, publics comme privés, s'organisent partout en France. D'une envie grandissante de se regrouper pour "faire ensemble" et de répondre concrètement aux défis locaux est née une nouvelle façon d'imaginer les espaces permettant la coexistence d'activités plurielles et la mutualisation des ressources. Lieux de création et d'innovation, tantôt espaces de coworking, cybercafés, résidences d'artistes ou encore épiceries locales et solidaires, les tiers-lieux florissent, réinventent les territoires et contribuent à leur vitalité, aussi bien en milieu rural qu'en contexte urbain. Le dernier rapport de France Tiers Lieux de 2021 en compte plus de 2200 sur l'ensemble du territoire français.

Conscient de l'importance de ce mouvement de fond, l'Etat s'engage pour le développement des tiers-lieux depuis de nombreuses années. Lancé en juin 2019 et porté par le Ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, le programme "Nouveaux lieux, nouveaux liens" de l'Agence Nationale de Cohésion des Territoires (ANCT) vise à soutenir les acteurs qui créent et portent les tiers-lieux afin de pérenniser leurs projets dans le temps.

Pour en parler, Marthe Pommié, responsable du programme "Nouveaux Lieux, Nouveaux Liens".

Le programme "Nouveaux Lieux, Nouveaux Liens" que vous portez soutient les tiers-lieux. Pouvez-vous en rappeler la définition ?

Un tiers-lieu se définit avant tout par ce qu'il fait, c'est-à-dire par la diversité des activités qu'il accueille dans un même lieu, et par la méthode employée pour les animer. Le tiers-lieu émerge du territoire et est souvent organisé de manière horizontale, animé par la communauté, avec une gouvernance partagée.

Depuis quand l'Etat s'intéresse-t-il aux tiers-lieux ? Y a-t-il eu un changement d'approche pour les soutenir ? En quoi le programme "Nouveaux Lieux, Nouveaux Liens" se distingue-t-il de ce qui s'est fait par le passé ?

L'Etat soutient les tiers-lieux depuis plusieurs dizaines d'années déjà. Il l'a d'abord fait d'un point de vue thématique - le Ministère de la Culture soutenait par exemple des "tiers-lieux culturels".

Or, si l'Etat porte le plus souvent des politiques thématiques, le tiers-lieu est hybride par définition, en abritant en son sein plusieurs types d'activités. Le programme " Nouveaux Lieux, nouveaux liens " est innovant au sens où il est historiquement le premier soutien national aux tiers-lieux en tant que structure hybride et multifacettes, et non un soutien lié aux activités proposées.

Le programme de l'ANCT est en quelque sorte le référent tiers-lieux de l'action publique. Nous souhaitons, par un travail de pédagogie et de sensibilisation, montrer en quoi ces derniers apportent au territoire, et comment le décideur public peut se saisir des tiers-lieux pour soutenir ses actions. Nous travaillons quasi quotidiennement avec France Tiers-Lieux pour soutenir les réseaux qui se constituent au niveau local. A noter que les projets accompagnés par le programme peuvent émaner du public comme du privé, et nous favorisons l'implication de l'ensemble des parties prenantes du territoire.

Pouvez-vous donner des exemples d'aides proposées par le programme "Nouveaux Lieux, Nouveaux Liens" ?

Nous avons dans un premier temps lancé l'AMI " Fabrique de Territoires " , dont le but était de favoriser la création de tiers-lieux "ressources" pour d'autres tiers-lieux de leur territoire, avec un objectif de 300 "Fabriques de territoires" d'ici 2022. Par le biais de partages d'expérience notamment, elles assurent une fonction d'accompagnement des porteurs de projets. Les lauréats du dispositif bénéficient d'une aide financière allant jusqu'à 150.000€, répartie sur 3 ans.

Un dispositif complémentaire a été lancé fin septembre : l' AMI Manufacture de proximité . Il s'agit d'un soutien aux tiers-lieux productifs, qui rassemblent notamment des artisans, indépendants, petites entreprises, en donnant accès à des espaces de travail et machines mutualisés, au sein d'un écosystème propice à la création et au développement de leurs activités et compétences. Nous visons la création de 100 manufactures de proximité d'ici la fin de l'année 2022 .

Sans qu'il s'agisse d'un critère obligatoire, nous portons une attention toute particulière aux projets ancrés dans les territoires les plus fragiles (petites et moyennes villes, zones rurales, Quartiers prioritaires de la politique de la ville, etc.), à la gouvernance du tiers-lieu candidat (gouvernance partagée, intégration de parties prenantes variées, démarche de coopération territoriale, etc.), ainsi qu'au caractère hybride des activités qui influe sur le modèle économique du tiers-lieu.

Après les tiers-lieux "ressources" et les tiers-lieux "artisans", sur quels nouveaux axes se focalisera le programme ?

Plusieurs soutiens complémentaires sont envisagés : revenir sur un angle plus thématique, axer le soutien sur d'autres dépenses que le seul fonctionnement...

Nous restons à l'écoute des besoins des territoires grâce à la communauté des "Fabriques des territoires" mentionnées précédemment. Nous entretenons avec elles, mais aussi avec les services déconcentrés de l'Etat ou les réseaux régionaux et France Tiers lieux, des échanges privilégiés pour qu'ils expriment les besoins de leurs membres, ce qui nous permettra de donner une orientation aux futurs appels à manifestation d'intérêt (AMI).

Pour aller plus loin

Retrouvez les dispositifs relatifs aux tiers-lieux sur Aides-territoires :

Ressources complémentaires :



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